L’Islam représente-t-il un danger pour l’Occident ?

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Il est faux de voir dans les dessins offensant l’Islam et les musulmans publiés dans la presse européenne un événement sans conséquence qui se dissipera en quelques jours. En effet, il ne faut pas séparer ce qui s’est passé du contexte historique, c’est-à-dire de la position intellectuelle et politique des Européens concernant l’Islam et les musulmans en général, et le Saint Coran et le Messager d’Allah, paix et bénédiction d’Allah sur lui, en particulier.

Ainsi, à travers la lecture des écrits de Dozy, Reinhart, Goldziher, Lammens et d’autres encore, nous remarquons que tous ces auteurs ont refusé de reconnaître la Révélation qui est descendue sur Muhammad, paix et bénédiction d’Allah sur lui, de même qu’ils ont nié la réalité de sa Prophétie ; plus grave encore, ils se sont étendus dans leurs livres à son sujet, et ce, en l’insultant et en l’outrageant. Par ailleurs, ils ont réfuté l’idée que les musulmans aient pu réaliser quoi que ce soit en termes de progrès civilisationnel ; de plus, ils ont affirmé que le sous-développement des musulmans a pour principale cause l’Islam lui-même ; enfin, la plupart de leurs écrits avaient clairement pour objectif d’essayer de briser le fondement du dogme islamique issu du Livre saint et de la noble Sunna. Par conséquent, la maxime disant qu’il suinte du récipient le liquide qu’il contient1 s’applique parfaitement à ces dessins parus dans leur presse, qui ont offensé l’Islam et les musulmans.
La position de ces orientalistes, à l’instar de Dozy, Reinhart, Goldhizer et bien d’autres, s’est transformée en une vague islamophobe s’opposant ouvertement à tout ce qui est lié à l’Islam et aux musulmans ou en est allié, et ce, à tous les niveaux : politique, religieux, culturel, social, etc. Cela a commencé depuis des dizaines d’années, et celui qui sous-estime les travaux de ces orientalistes ainsi que l’allergie et l’appréhension extrêmes envers l’Islam et les musulmans qu’ils ont semées dans l’imaginaire collectif européen commet une grave erreur.
En outre, il y a des facteurs nouveaux et complexes s’imbriquant qui ont jeté de l’huile sur le feu : l’émigration de nombreux musulmans vers les pays européens dans le but d’accéder à une vie meilleure, et donc leur concurrence avec les travailleurs locaux, et les répercussions de cette situation sur les plans politique, économique et culturel ; de même, la position de l’Union européenne en ce qui concerne le conflit israélo-arabe et le ralliement des Européens dans leur ensemble au camp sioniste, et comme exemple évident de cette partialité, il y a la décision de l’Union européenne d’interrompre l’aide octroyée à l’autorité palestinienne après la victoire du Hamas lors des élections palestiniennes.
L’ancien président américain Richard Nixon a exprimé son inquiétude face à l’Islam et aux musulmans à travers deux livres qu’il a publiés il y a quelques années. Le premier a pour titre Une victoire sans guerre et le second s’intitule Ils ont profité de l’occasion. Nixon dit dans ces deux livres qu’après la chute de l’Union soviétique, et avec lui la chute du socialisme comme mouvement politique organisé, l’Occident et les États-Unis en particulier devront faire face à un « nouveau despote » qui n’est autre que l’Islam ; selon lui, il faut donc que les États-Unis s’attachent rapidement à contenir ce qu’il appelle le leadership spirituel mondial, de même qu’ils doivent éliminer les modèles de ce qu’il nomme un « Islam rigoriste », en somme, les États-Unis doivent tout faire pour occuper ce terrain.
Dans le même ordre d’idée, Barry Buzan, du centre d’études sur la paix et les conflits à l’Université de Copenhague au Danemark, a fait allusion à sa crainte de voir certaines organisations islamistes accéder aux armes de destruction massive, et ce, qu’elles fussent nucléaires ou bien biologiques. Et afin d’achever ce tableau d’un Occident angoissé, Buzan a fait le lien entre l’activité de l’Iraq, de la Libye ou du Pakistan dans le domaine du nucléaire durant les années quatre-vingt du siècle passé et l’Islam et les musulmans. Ainsi, on peut désormais trouver des ouvrages appuyant cette idée, comme par exemple celui de Steve Weizman et Herbert Kruzny intitulé La bombe islamique et dans lequel les auteurs mettent en garde l’Occident contre la volonté de ces pays d’accéder aux technologies nucléaires. De plus, ils font le lien entre l’activité de ces pays dans ce domaine et l’Islam et les musulmans dans le monde entier.
Cette inquiétude occidentale face à l’Islam et aux musulmans fut encore renforcée par le succès dans le monde occidentale d’une thèse développée en 1993 par le célèbre professeur américain de science politique Samuel Huntington ; cette thèse, dont les thèmes centraux sont le « choc des civilisations » et la réorganisation de l’ordre mondial, fut publiée sous forme d’article dans la revue Foreign Affairs. Selon Huntington, les chocs qui auront lieu dans ce monde nouveau ne seront pas économiques ou politiques, mais ils seront avant tout civilisationnels. Puis, après avoir dénombré sept civilisations principales dans le monde, le professeur américain finit par affirmer que le vrai choc aura lieu entre l’Islam et le monde occidental dans son ensemble.
Par ailleurs, dans les années quatre-vingt, des dizaines de centres de recherches américains et européens ont commencé à s’intéresser au « phénomène islamiste ». Alors que par le passé la plupart des revues, des publications et des recherches se concentraient sur ce qu’elles appelaient la « menace rouge », en référence au mouvement communiste international, désormais, elles se consacrent à ce qu’elles nomment la « menace verte », autrement dit l’Islam.
De même que des comités d’experts constitués par l’Otan afin d’étudier le « phénomène islamiste » se sont mis en branle. Leur but étant notamment de surveiller ce phénomène en Europe occidentale, et particulièrement son développement chez les populations musulmanes d’origines étrangères vivant dans cette zone comme les Turcs d’Allemagne, les Marocains et les Algériens de France ou encore les Pakistanais, les Indiens et les Arabes présents aux États-
Unis.
On constate également que des réseaux de communication reliant les différents pays de l’Alliance de l’Atlantique Nord (l’Otan) ont été mis en place dans ce domaine. Leur but étant de faciliter les échanges d’informations concernant le « phénomène islamiste ». Cela s’est prolongé par une coordination des politiques, procédures et législations qui ont un lien avec ce sujet, et ce, notamment dans les domaines de l’émigration, de l’enseignement et de la culture, l’objectif étant de protéger les particularismes ethnoculturels des sociétés européennes contre les influences islamiques. Ces évolutions ont donné naissance à différentes écoles de pensée occidentales dont la mission était de suivre ces problèmes :
- L’école minoritaire : dont l’un de ses chefs de file, John Esposito, appelle à la nécessité de comprendre le phénomène islamiste et prône l’importance de l’ouverture d’un dialogue avec lui afin d’en saisir les ressorts et de l’orienter.
- L’école majoritaire : dont les tenants sont des experts en politique très arrogants tels que Henry Kissinger, Daniel Bayps, Martin Kramer ou John Lutwak. Cette école est clairement hostile à l’Islam et appelle à une entraide occidentale afin d’éradiquer sa propagation en Occident ou d’empêcher la diffusion d’un « Islam politique » au sein du monde arabo-musulman. De manière générale, et notamment à travers ce que nous venons de rappeler, nous pouvons remarquer que, partant3, une inquiétude commune pousse l’Occident à s’organiser, à différents degrés, face à l’Islam et aux musulmans.
Tout au long de son histoire, et jusqu’à nos jours, l’Occident (politique), à travers ses relations avec le monde arabo-musulman, a toujours voulu prendre en main la destinée des musulmans. L’Islam gêne l’Occident, car il représente pour les musulmans un cadre de référence pouvant produire au bout d’un moment un mouvement « indépendant » et un modèle de développement « indépendant » vis-à-vis de l’Occident. Cet Islam a pour base une communauté composée de plus d’un milliard et demi d’individus, celle-ci est répartie aux quatre coins du globe et s’étend de la Mauritanie à l’Indonésie ; de plus, cette communauté est regroupée dans des régions riches en métaux précieux, en pétrole et autres matières premières, et elle promet la mise en place de systèmes de croissance nouveaux et de marchés et d’industries communs. Peut-être que grâce à ces systèmes, la nation musulmane ne se soumettra plus aux directives occidentales comme c’est le cas actuellement avec l’accord qui la lie à l’Organisation mondiale du commerce.
Dans le cadre de son analyse de la crise afghane, la célèbre chercheuse française Hélène Carrère d’Encausse a affirmé que les stratégies américaines et françaises doivent être repensées afin de mieux faire face au phénomène du « réveil islamiste ». Ce dernier étant apparu de plus en plus comme une force qui compte, il est possible qu’il ait une influence sur ce que Carrère d’Encausse appelle la zone pétrolifère islamique. Selon la chercheuse française, cette zone englobe les pays du golfe Persique ainsi que la péninsule Arabique. L’apparition des islamistes dans cette zone pétrolifère islamique provoque une réelle inquiétude en Occident ; de surcroît, cette zone, dont le cœur est constitué du golfe Persique et de la péninsule Arabique, possède en son sein la Mecque et la Maison Sacrée d’Allah qui forment une source spirituelle qui polarise un monde islamique extrêmement vaste.
Parallèlement, on observe que l’Occident se démène notablement afin d’écarter complètement l’Islam du cœur du pouvoir étatique, et ce, particulièrement en Europe. Par exemple, l’intervention occidentale en Bosnie-Herzégovine et au Kosovo ainsi que les accords de Dayton sont intervenus au moment opportun afin d’écarter les islamistes locaux du « centre décisionnel » dans les Balkans.
Quant à la Tchétchénie, on observe que le complot occidental contre les musulmans de ce pays fut plus évident et plus ignoble encore. En effet, l’Occident est resté insensible devant les massacres épouvantables de musulmans perpétrés par les Russes, massacres qui n’ont d’ailleurs pas cessé jusqu’à présent, et tout cela a lieu sans que les médias occidentaux n’évoquent jamais les droits des populations tchétchènes. En outre, toutes les interventions occidentales sur le sujet ne sont que des gesticulations politiciennes trompeuses qui révèlent en fait le vrai visage de leurs instigateurs.
Ainsi, la conviction selon laquelle l’Occident ne tolérera jamais que l’Islam accède au cœur du pouvoir étatique, et ce, quelles qu’en soient les justifications, s’est encore raffermie. À ce propos, nous remarquons également que la réaction de la société française à l’égard de quelques élèves musulmanes qui avaient insisté pour porter leur voile à l’école fut hostile ; il faut relever en outre que cette question est arrivée jusqu’au parlement et aux tribunaux afin d’y être débattue, elle fut même l’objet de nombreuses déclarations de la part du ministère des affaires étrangères français, de même qu’elle fut traitée lors de colloques tenus dans les universités françaises. Partant, tout cela ne met-il pas en évidence l’hostilité rencontrée par l’Islam ?
Il nous faut aussi relever le tumulte provoqué au Danemark, et plus exactement au sein de ses conseils municipaux ; en voici un résumé : pourquoi de nombreux logements sont achetés par les musulmans de ce pays ? Qui les autorise à agir ainsi ? La presse danoise, craignant des influences de la culture des musulmans sur la société danoise, se demande pourquoi des restrictions ne sont pas mises en place dans ce domaine ? Est-ce que cela ne contredit pas également l’extrême hostilité qui existe à l’égard de l’Islam ainsi que l’indisposition des sociétés occidentales à coexister avec lui ?
Par conséquent, quel est l’intérêt de ce dialogue dont ils se vantent et qu’ils souhaitent avoir avec les musulmans ? Comment les Européens peuvent-ils prétendre que leurs sociétés sont « laïques » et que les lois et la philosophie sociale qui régissent ces dernières ne font aucune distinction entre les religions, les sexes, les origines et les races ? Et pourquoi veulent-ils nous vendre leur « laïcité » ?
Il ne fait aucun doute que les minorités musulmanes vivant dans les pays occidentaux connaissent une crise et sentent qu’elles ne sont pas chez elles, de même qu’elles souffrent d’une certaine oppression à différents degrés et sous des formes diverses. Celui qui se penche sur ce qui se passe actuellement comprend que cette question provoquera dans l’avenir des situations explosives. Les Européens n’ont pas pris la mesure de ce problème, et ceci est vrai non seulement au sein de leur Parlement à Strasbourg, mais également dans leur presse islamophobe jusqu’à la moelle.

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